Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les stratégies à long terme

Le système de travail du sol

Le travail du sol tient souvent lieu de moyen de lutte contre les mauvaises herbes (voir section intitulée Travail du sol), même si les effets du travail du sol sur la dynamique des mauvaises herbes dépassent de loin l’élimination physique des mauvaises herbes. Devant le développement et la généralisation des systèmes de travail réduit du sol et de culture sans travail du sol, les moyens de lutte contre les mauvaises herbes ont évolué. Même si d’aucuns ont prédit des problèmes de lutte contre les mauvaises herbes dans les systèmes de culture sans travail du sol, peu de preuves confirment cette prévision. La rotation culturale semble avoir plus d’impact sur la dynamique des mauvaises herbes que le travail du sol (Derksen et coll., 1996b).

Le travail du sol, ou son absence, peut toucher les populations et les communautés de mauvaises herbes (c.-à-d. les mélanges d’espèces de mauvaises herbes) ainsi que l’utilisation des herbicides de diverses façons :

  • Dans les systèmes de culture sans travail du sol, les graines de mauvaises herbes restent à la surface du sol au lieu d’être enfouies sous le sol.
  • L’humidité et la température du sol sont également touchées par le système de travail du sol, ce qui peut affecter les conditions de germination des mauvaises herbes et des cultures.
  • Les débris végétaux laissés à la surface du sol dans les régimes de travail réduit du sol pourraient permettre de nouvelles percées dans la lutte biologique contre les mauvaises herbes (Derksen et coll., 1996a).
  • Le travail réduit du sol entraîne généralement une diminution des ruissellements, ce qui réduit les déperditions d’herbicides et réduit au minimum la contamination de l’environnement (Derksen et coll., 1996a).

La façon dont les mauvaises herbes réagissent au régime de travail du sol varie selon le lieu et l’espèce (Derksen et coll., 1996a). D’où l’impossibilité d’élaborer un ensemble de directives précises pour lutter contre les mauvaises herbes dans les régimes de travail réduit du sol. Toutefois, on a pu observer certaines tendances plus générales :

  • Les mauvaises herbes vivaces, les cultures spontanées et les mauvaises herbes dont les graines sont dispersées par le vent sont généralement plus problématiques dans les régimes de culture sans travail du sol (Blackshaw et coll., 1994; Derksen et coll., 1996a).
  • La réaction des graminées adventices et des dicotylédones annuelles dépend plus de l’emplacement et d’autres facteurs que du régime de travail du sol.

Dans une étude réalisée au Manitoba, la plupart des espèces de mauvaises herbes annuelles, à l’exception de la moutarde des champs et de l’amarante à racine rouge ont levé plus tôt dans les champs soumis à des pratiques aratoires antiérosives que dans les champs soumis à un travail du sol traditionnel, sans doute parce que les graines de mauvaises herbes étaient plus près de la surface du sol dans les champs soumis à des pratiques aratoires antiérosives (Bullied et coll., 2003). Dans la même étude, on a également constaté que le canola levait plus tôt dans les champs soumis à des pratiques aratoires antiérosives, ce qui confère à la culture un léger avantage concurrentiel par rapport aux mauvaises herbes.

Certaines études ont révélé que les populations de mauvaises herbes augmentaient sous un régime de culture sans travail du sol (Arshad et coll., 1995; Blackshaw et coll., 1994). D’autres cependant ont montré qu’une moindre perturbation du sol avait pour effet de réduire les populations de mauvaises herbes. Par exemple, le semis avec des rayonneurs qui dérangent peu le sol avait pour effet de réduire les populations de mauvaises herbes, dans une étude réalisée en Saskatchewan (Oliver et coll., 2005), tandis que des champs de luzerne sans travail du sol ont permis de réduire les populations de mauvaises herbes lors de la récolte suivante au Manitoba (Ominski et Entz, 2001). Les conséquences varient selon le type de mauvaise herbe; par exemple, Blackshaw et coll. (1994) ont constaté que les populations de renouée liseron et de chénopode blanc étaient inférieures sous un régime de culture sans travail du sol, même si les populations totales de mauvaises herbes étaient plus élevées sous un régime de culture sans travail du sol que sous un régime de travail du sol conventionnel.

Le travail du sol et la banque de graines de mauvaises herbes

Dans les régimes de culture sans travail du sol, les graines de mauvaises herbes restent à la surface du sol. La mortalité de ces graines est plus élevée que celle des graines enfouies sous le sol. Les prédateurs de graines, comme les souris et les insectes, se nourrissent de certaines d’entre elles, ce qui les empêche d’intégrer la banque de graines dans le sol.

L’enfouissement des graines de mauvaises herbes lors du travail du sol fait grimper le nombre de graines dans la banque de graines du sol et celles-ci peuvent y persister plus longtemps que si elles étaient restées à la surface du sol, ce qui prépare le terrain à de futurs problèmes de mauvaises herbes. Banting (1966) a constaté que les graines de folle avoine enfouies à une profondeur supérieure à deux pouces restaient viables plus longtemps que les graines restées à la surface du sol. Plus récemment, Gulden et coll. (2003) ont constaté que les graines de canola perdues durant la récolte pouvaient entrer dans un état de dormance secondaire et persister dans le sol pendant des années. Dans le cadre de cette étude, le nombre de graines persistantes trouvées dans les parcelles soumises à un travail du sol traditionnel était plus élevé que dans les parcelles de culture sans travail du sol.

Le travail du sol peut également servir à épuiser la banque de graines dans le sol. Cette pratique consiste à simuler la germination des mauvaises herbes moyennant un léger travail du sol, soit au printemps soit à l’automne, avant de détruire les mauvaises herbes (voir également Épuisement de la banque de graines de mauvaises herbes).

Recommandations

Les mauvaises herbes vivaces, les cultures spontanées et les mauvaises herbes dont les graines sont dispersées par le vent sont généralement plus problématiques sous un régime sans travail du sol que sous un régime de travail traditionnel.

La réaction des graminées adventices et des dicotylédones annuelles dépend plus de l’emplacement et d’autres facteurs que du régime de travail du sol.

Les opérations de travail du sol peuvent avoir des effets positifs ou nuisibles sur les graines de mauvaises herbes dans la banque de graines dans le sol.

Bibliographie

Arshad, M.A., K.S. Gill et G.R. Coy. 1995. Barley, canola, and weed growth with decreasing tillage in a cold, semiarid climate. Agron. J. 87:49-55.

Banting, J.D. 1966. Studies on the persistence of Avena fatua. Can. J. Plant Sci. 46:129-140.

Blackshaw, R.E., G.O. Larney, C.W. Lindwall et G.C. Kozub. 1994. Crop rotation and tillage effects on weed populations on the semi-arid Canadian prairies. Weed Technol. 8:231-237.

Derksen, D.A., R.E. Blackshaw et S.M. Boyetchko. 1996a. Sustainability, conservation tillage and weeds in Canada. Can. J. Plant Sci. 76:651-659.

Derksen, D.A., A.G. Thomas, G.P. Lafond et H.A. Loeppky. 1996b. Understanding weed community dynamics: Implications for weed management. Deuxième congrès international sur la lutte contre les mauvaises herbes, Copenhague, 1996.

Gulden, R.H., S.J. Shirtliffe et A.G. Thomas. 2003. Secondary seed dormancy prolongs persistence of volunteer canola in western Canada. Weed Sci. 51:904-913.

Oliver, E., B. Nybo, D. Derksen et P. Watson. 2005. Southwest opener/rotation study: The effect of opener disturbance on weed populations and crop rotations in the dry brown soil. Consultable en ligne à l’adresse http://ssca.usask.ca/conference/2000proceedings/Oliver.html.

Ominski, P.D. et M.H. Entz. 2001. Eliminating soil disturbance reduces post-alfalfa annual weed populations. Can. J. Plant Sci. 81:881-884.