Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les stratégies à long terme

Épuisement de la banque de graines de mauvaises herbes

Une façon d’atténuer les pressions exercées par les mauvaises herbes au fil des ans consiste à faire diminuer le nombre de graines de mauvaises herbes dans le sol. Cette façon de procéder ne donne des résultats qu’avec les espèces de mauvaises herbes dont on dit qu’elles produisent un nombre limité de graines, comme la folle avoine. Ces espèces produisent généralement des graines qui ne demeurent pas viables dans le sol pendant longtemps. De nombreuses espèces de mauvaises herbes annuelles ne produisent pas un nombre limité de graines, et celles-ci peuvent persister dans la banque de graines pendant des années voire des décennies, ce qui interdit toute manipulation de la banque de graines par des méthodes agronomiques.

L’épuisement de la banque de graines de mauvaises herbes se fait généralement par la stimulation de la germination et de la levée des graines et par la destruction des mauvaises herbes qui ont levé. Il peut être efficace également d’empêcher les graines de mauvaises herbes de pénétrer dans la banque de graines.

Stimulation de la germination des mauvaises herbes

Il est indispensable de créer des conditions idéales pour stimuler la germination et la levée des mauvaises herbes. Les mauvaises herbes ont besoin de conditions d’humidité et de température du sol suffisantes, de même que d’éléments nutritifs. Certaines espèces ont également des besoins spécifiques comme une certaine exposition à la lumière du soleil. Pour stimuler la germination des mauvaises herbes, on peut recourir à un léger travail du sol ou à l’épandage d’engrais azotés à la surface du sol.

Après avoir laissé les mauvaises herbes pousser pendant une brève période, il faut les détruire, généralement au moyen d’une opération de travail du sol ou par l’application d’un herbicide (voir section intitulée « Faux semis sur planches d’ensemencement » ( Travail du sol au printemps).

Dans une étude réalisée au Manitoba, la perturbation du sol à une faible profondeur au moyen de herses roulantes à lames a accéléré la germination de la folle avoine avant la plantation d’une culture sur sol nu (tableau 1). L’application d’engrais azotés au printemps n’a pas eu d’effet notoire sur la germination de la folle avoine. Même si la perturbation du sol a accéléré la germination de la folle avoine, cela n’a pas contribué à réduire la levée des mauvaises herbes post-semis ni la biomasse de mauvaises herbes (Gillespie, 2006). Même si l’épuisement de la banque de graines n’a eu aucun effet sur l’invasion des mauvaises herbes dans cette étude, le recours prolongé à la perturbation du sol épuiser la banque de graines pourrait avoir des résultats fructueux.

Tableau 1. Densité des graines de folle avoine avant le semis affectée par la perturbation du sol et l’épandage d’engrais azotés comme tactique d’épuisement de la banque de graines

 

 

Folle avoine présemis (plants/m2)

Brandon 2004

Brandon 2005

Carman 2006

Perturbation du sol

 

 

 

    Aucun

180

32

11

    Herse roulante à lames

540

71

17

Épandage d’engrais azotés au printemps

 

 

 

    Aucun

345

73

21

    Engrais azotés au printemps

352

77

23

Comment prévenir l’enfouissement des graines de mauvaises herbes

Les graines de mauvaises herbes peuvent être transportées d’un champ à l’autre sans qu’on le sache, ce qui permet à des espèces de mauvaises herbes de se propager à de nouveaux secteurs, créant ainsi de nouveaux problèmes. La propagation des graines de mauvaises herbes peut être réduite au minimum par l’emploi de semences propres et par le nettoyage de l’équipement entre les champs.

Le fait d’empêcher les graines de mauvaises herbes de réintégrer la banque de graines dans le sol peut contribuer à éviter les problèmes ultérieurs de mauvaises herbes. Dans une étude modélisant l’épuisement de la banque de graines (Jones et Medd, 2000), une très faible tolérance aux mauvaises herbes au cours des premières années a pratiquement anéanti la banque de graines de folle avoine au bout de 15 ans de lutte chimique et au bout de sept ans de lutte intégrée. Dans cette étude, on a augmenté l’utilisation d’herbicides pendant plusieurs années, même si l’utilisation totale d’herbicides sur 20 ans a nettement diminué, surtout lorsqu’on a eu recours à des pratiques de lutte intégrée contre les mauvaises herbes.

Les pratiques agronomiques qui ont pour effet d’améliorer la compétitivité de la culture par rapport aux mauvaises herbes peuvent se solder par une moindre production de graines par les mauvaises herbes qui survivent. D’autres pratiques comme la taille des mauvaises herbes hautes au-dessus du couvert végétal (voir également Autres pratiques mécaniques de lutte contre les mauvaises herbes) ou la récolte précoce des cultures, soit comme récoltes d’ensilage soit comme engrais vert, peuvent empêcher les mauvaises herbes de produire des graines qui iront réintégrer la banque dans le sol.

La prévention de la grenaison par l’application d’herbicides, le travail du sol durant la culture et l’utilisation de plantes fourragères pérennes ou annuelles récoltées avant la maturation des graines sont des stratégies fructueuses, mais il faut prendre soin de faire alterner le moment de la récolte, faute de quoi une espèce de mauvaise herbe risque d’être remplacée par une autre. La récolte précoce de l’orge d’ensilage peut être un moyen efficace de réduire les populations de folle avoine (Harker et coll., 2003). La plantation de céréales d’automne pour l’ensilage est encore plus efficace. Toutefois il faut faire attention que les stratégies qui ont pour but d’épuiser la banque de graines de folle avoine n’entraînent pas une augmentation de la production de graines par d’autres mauvaises herbes. Des mauvaises herbes comme le pissenlit peuvent s’établir à la fin de la saison de croissance tandis que de nombreuses espèces comme la renouée liseron peuvent croître et produire des quantités importantes de graines après une récolte précoce. Il faut donc intégrer les herbicides ou les cultures couvre‑sol pour garantir le succès d’une telle stratégie.

Pour certaines cultures, les pertes attribuables à la récolte peuvent être importantes et les cultures spontanées qui en résultent risquent de poser des problèmes de mauvaises herbes aux cultures futures. Par exemple, Gulden et coll. (2003) ont constaté que les pertes de récolte du canola pouvaient représenter entre 9 et 55 fois la densité de semis normale du canola! Il est donc important de régler l’équipement de récolte afin de réduire les pertes au minimum.

La récolte des paillettes est susceptible de réduire la réintégration des graines de mauvaises herbes et le besoin de lutte. Dans un sondage mené dans des exploitations agricoles en Saskatchewan où l’on récoltait les paillettes, les deux tiers des agriculteurs ont déclaré être en mesure de réduire leur consommation d’herbicides ou d’éliminer au moins une opération de travail du sol par an, en raison de la diminution des pressions exercées par les mauvaises herbes (Olfert et coll., 1991). En revanche, dans une étude réalisée à Brandon, la récolte des paillettes a sensiblement réduit la quantité de blé spontané dans la banque de semences des années ultérieures mais a eu peu d’impact sur le nombre de plants de blé qui ont levé (tableau 2).

Tableau 2. Densité totale (+/- SE) du blé de printemps spontané au champ (plants/m2) et dans la banque de graines dans le sol (BG) (graines/m2) dans un chaume de canola, 2002-2004, dans le cadre d’une étude sur la culture par rotation sans pesticides

Rotation Champ 2002 BG 2002 Champ 2003 BG 2003 Champ 2004 BG 2004 Moyenne du champ
2002-2004
Moyenne BG
2002-2004
Non PSP 0,0 60 1,2 340 0,1 0 0,4 ± 0,4 133,3 ± 49,6
PSP normale 0,0 40 0,3 450 0,2 0 0,2 ± 0,1 163,3 ± 73,1
PSP + CC 0,0 20 0,0 190 0,2 10 0,1 ± 0,1 73,3 ± 26,4
PSP + Pert. 0,0 40 0,0 370 1,2 0 0,4 ± 0,4 136,7 ± 52,2
PSP + CC + Pert. 0,0 40 0,5 210 0,4 0 0,3 ± 0,1 83,3 ± 31,3
PSP + Intensive 0,0 0 0,0 280 0,1 0 0,0 ± 0,0 93,3 ± 47,1

Rotation = avoine – pois – blé – canola
Non PSP = application d’herbicides durant la culture
PSP normale = pas d’herbicides utilisés durant la culture
CC = récolte des paillettes chaque année
Perturbation = lourdes herses à l’automne dans la culture du canola
Intensive = lutte intensive contre les mauvaises herbes après la culture PSP des pois, avec la récolte des paillettes, la perturbation du sol et l’application de trifluraline avant la récolte de pois.

Recommandations

Le fait de stimuler la germination des mauvaises herbes avant de les détruire peut épuiser la banque de graines de certaines espèces sur un certain nombre d’années.

Le fait d’utiliser des semences propres et de nettoyer l’équipement entre les champs peut prévenir les nouveaux problèmes de mauvaises herbes.

Le fait d’empêcher les mauvaises herbes de produire des graines, d’empêcher les pertes de récolte et de recueillir les paillettes peut contribuer à réduire les graines de mauvaises herbes qui viennent s’ajouter à la banque de graines dans le sol.

Bibliographie

Guldan, R.H., S.J. Shirtliffe et A.G. Thomas. 2003. Harvest losses of canola (Brassica napus) cause large seedbank inputs. Weed Sci. 51:83-86.

Gillespie, S. 2006. Weed management in reduced-input no-till flax production. Mémoire de maîtrise ès sciences. Université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba)

Harker, K.N., K.J. Kirkland, V.S. Barron et G.W Clayton. 2003. Early-harvest barley (Hordeum vulgare) silage reduces wild oat (Avena fatua) densities under zero tillage. Weed Tech. 17:102-110.

Jones, R.E. et R.W. Medd. 2000. Economic thresholds and the case for long-term term approaches to population management of weeds. Weed Technol. 14:337-350.

Olfert, M.R., M. Stumborg, W. Craig et R.A. Schoney. 1991. The economics of collecting chaff. American J. Alternative Agric. 6:154-160.