Mme Charlotte Ross (1843-1916)
Mme Charlotte Ross était une personne exceptionnelle. La plupart des femmes qui travaillaient à l'extérieur du foyer croyaient constituer la première génération de femmes à se lancer dans une carrière professionnelle en plus d'assumer l'emploi à temps plein que constitue le fait d'être mère et épouse. Elles auraient été très surprises de constater que Mme Charlotte Ross a réussi à la fois à être fille, mère, médecin, chirurgienne et enseignante de classe de religion du dimanche, et qu'elle le fit, il y a cent vingt-six ans. Alors que l'admission aux écoles de médecine était interdite aux femmes à cette époque au Canada, elle décida, encouragée par son mari, de présenter une demande, et ce, après avoir mis au monde son troisième enfant. Charlotte Whitehead Ross devint la première femme à devenir médecin à Montréal et ensuite au Manitoba.
Elle naquit en Angleterre en 1843, fille de Joseph Whitehead, mécanicien de chemins de fer, et fut emmenée à Montréal, au Canada, à l'âge de cinq ans. À dix-huit ans, elle épousa David Scott, l'associé de son père dans le domaine de la construction de voies ferrées. Son intérêt pour la médecine prit naissance lorsqu'elle dut s'occuper de sa sœur aînée, Mary Anne, qui souffrait d'une maladie chronique et finit par mourir de phtisie. (1) En 1870, les écoles de médecine du Canada n'admettaient pas les femmes. Charlotte décida alors d'étudier au Women's Medical College à Philadelphie. Il lui fallut cinq ans d'études (2) pour obtenir son diplôme. Elle dut interrompre ses études à deux reprises en raison d'une fausse couche et de la naissance d'une fille. Elle obtint son diplôme en 1875 et établit un cabinet médical prospère à Montréal. Elle cessa d'exercer à Montréal en 1878 pour rejoindre son mari et son père qui travaillaient à la construction de la section 15 du Canadien Pacifique, dont la base était à Whitemouth, au Manitoba. (3)
Whitemouth était un centre ferroviaire entouré de camps de bûcherons. Ses compétences en chirurgie servaient souvent à amputer des membres, à suturer des plaies et à plâtrer des os cassés, car un grand nombre des blessures dans le village étaient causées par des coups de hache aux pieds et aux jambes. Mme Ross était infatigable et très dévouée à son métier. De nombreux récits attestent qu'après avoir aidé une femme à accoucher, elle lavait ensuite le plancher, faisait la lessive et cuisinait la nourriture nécessaire pour plusieurs jours. Elle le faisait afin que la nouvelle mère puisse se reposer au moins quelques jours. Même si elle était un pionnière dans son métier, elle était de loin plus avancée que certains des collègues de son époque dans l'exercice de la médecine. Elle observait des normes très strictes quant aux méthodes antiseptiques et à la stérilisation, et elle a réussi à convaincre les résidents de Whitemouth de se faire vacciner contre la variole, et ce, à une période où même les habitants de grandes villes comme Montréal n'avaient pas le droit de se faire immuniser.
Mme Ross a exercé la médecine pendant vingt-sept ans sans licence. Elle a présenté des demandes de licence à Montréal et à Winnipeg, mais les deux lui ont été refusées. Elle a finalement obtenu sa licence à titre posthume en novembre 1993, lorsque Sharon Carstairs, membre de l'Assemblée législative du Manitoba, a déposé une résolution à cet effet à la dite Assemblée. Madame Carstairs, maintenant membre du Sénat, a rendu hommage à « cette figure de proue courageuse et dévouée, ainsi qu'à d'autres femmes de son genre, qui n'ont jamais reçu les éloges pour le rôle qu'elles ont joué dans la construction de ce pays. » (traduction libre) (4) L'Assemblée législative du Manitoba adopta la résolution à l'unanimité.
- Edge, Fred. The Iron Rose; The extraordinary life of Charlotte Ross, M.D. Winnipeg, The University of Manitoba Press, 1992, p.4
- Edge, Fred. The Iron Rose; The extraordinary life of Charlotte Ross, M.D. Winnipeg, The University of Manitoba Press, 1992 , p.112
- Douglass, Ellen M. "A Pioneer woman Doctor of Western Canada - Dr. Charlotte Ross." University of Manitoba Medical Journal, v.18 no.1 (1946) p.14
- University of Manitoba Press, November 8, 1993
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